Catherine, maman de Gaspard 8 ans

Le 7 juin 2005, Gaspar 8ans et demi, a perdu la vie en jouant. En jouant  à ce que l'on appelle communément le " jeu du foulard".

En tant que maman de 5 enfants, je souhaite que mon expérience serve à sauver d'autres vies.

Je connaissais le nom « jeu du foulard », j'en avais vaguement entendu parler, mais je ne m'y étais jamais vraiment intéressée. En gros, pour moi, cela ne concernait pas mes enfants mais  plutôt des adolescents un peu perturbés. J'étais totalement dans l'erreur. L'histoire de Gaspar le prouve.

Gaspar était le quatrième garçon d'une famille de 5 enfants.

C'était un petit garçon radieux, il incarnait l'innocence de l'enfance dans toute sa candeur. Il était profondément gentil et attentionné avec tous, il aimait les gens. Gaspar n'était pas un "préado". C'était encore un petit garçon, on lui donnait plutôt moins que son âge. Il était très sensible à la nature, à la poésie et très préoccupé de fantastique, de science fiction, d'expériences et d'interrogations sur la terre et l'univers.  Il voulait devenir chercheur, inventeur, travailler dans les étoiles ou être astronaute. Il aimait les héros mangas et les aventuriers fantastiques de toutes sortes.

Gaspar n'avait que des amis et aucune angoisse à l'école. Il était scolarisé à Montessori, rassuré, stimulé par cette pédagogie et  tout se passait merveilleusement  bien. Il était heureux, cela se voyait, cela se sentait. De l'avis de beaucoup, Gaspar était une lumière, un rayon de soleil.

C'est ce même Gaspar qui est mort en juin dernier, victime du jeu du foulard. Son grand frère l'a retrouvé suspendu à sa mezzanine, à quelques centimètres du sol, étranglé.

Le jeu du foulard recouvre plusieurs jeux dont l'objectif est de modifier la circulation sanguine cérébrale donc l'alimentation en oxygène du cerveau. En pratique, on joue avec sa respiration en y associant des techniques d'étouffement ou de strangulation. L'enfant recherche un effet de type hallucinatoire qu'il trouve agréable ou amusant.

Un grand nombre de jeux, très pratiqués dans les cours de récréation d'écoles et collèges, correspondent à cette pratique (Rêve indien, rêve bleu, la grenouille, le jeu des poumons, le coma, le cosmos, le jeu de la tomate, le jeu de la serviette, l'évanouissement...) Bien évidemment tous les enfants n'en meurent pas, mais l'ampleur de la pratique de ce jeu m'impose de témoigner haut et fort ; ce jeu peut être mortel, surtout s'il est pratiqué non en groupe mais seul dans sa chambre.*

Gaspar n'avait absolument pas conscience d'un danger, ni d'un interdit.

Le soir où c'est arrivé, Gaspar m'attendait dans sa chambre pour que je lui lise son histoire. J'étais  en train de finir celle de  Lola (sa petite soeur de 3 ans) et je traînais un peu avec elle. À l'étage au-dessus, Gaspar m'a crié de sa chambre « Maman, tu arrives, tu viens me lire mon histoire ? ». Et c'est dans les 10 minutes qui ont suivi, la porte de sa chambre grande ouverte et alors que je devais rentrer d'une minute à l'autre dans cette chambre que Gaspar est mort. Il a attaché une petite ceinture en cuir (mal attaché puisque cette ceinture s'est détachée seule et qu'elle est tombée sur le sol quand on a décroché Gaspar) au haut de sa mezzanine. Il est ensuite monté sur un petit tabouret de piano, instable car posé entre le sol et le bord du tapis et il a posé son cou sur la ceinture, pour obtenir une compression de sa carotide, principe de base de ce jeu. Il s'est évanoui, il est tombé du tabouret et il s'est retrouvé pendu. Il est mort d'une anoxie cérébrale, c'est-à-dire que le cerveau a été privé d'oxygène pendant plus de 3 minutes ce qui est toujours fatal.

Gaspar connaissait la technique de ce jeu. Selon un de ses petits amis, ils avaient déjà  essayé une fois, mais « ils n'avaient pas réussi à le faire ».

Ce soir-là Gaspar était en train de lire un livre pour enfant **(retrouvé juste à côté de lui) qui racontait une épreuve dans laquelle une liane s'entourait autour du cou et déclenchait la suffocation et l'évanouissement. La lecture de ce passage a dû le pousser à retenter l'expérience. Par jeu, pour voir ce que s'évanouir voulait dire, pour s'amuser à avoir la tête qui tourne, pour s'imposer une épreuve initiatique, Dieu sait ce qu'il avait en tête.

Au regard de notre histoire, plusieurs réflexions s'imposent :

  - Si Gaspar a été une victime de ce jeu alors tous les enfants sont potentiellement concernés.

Non, le jeu du foulard ne concerne pas des enfants un peu caïds, un peu casse cou, un peu perturbés. Non, le jeu du foulard ne concerne pas que des adolescents.

 Ne réagissez pas en vous disant« mon enfant n'est pas concerné par ce type de jeu, mon enfant n'aurait jamais fait cela... »

Cette réaction, que j'aurais pu avoir, est une erreur.

Nous avons tous parlé à nos enfants des risques de la circulation, des inconnus dans la rue, du tabac, de l'alcool, de la pédophilie, de la drogue, de la noyade, mais certainement pas assez souvent des jeux d'évanouissement. Il faut briser ce silence car même si les victimes se comptent à peine par dizaine chaque année, c'est encore bien sûr beaucoup trop.

Nous  maîtrisons mal le rapport de nos enfants avec les univers fantastiques, leur capacité à s'identifier à des héros, leur inconscience face aux risques mortels.

Ces générations sont nées avec le concept du « il me reste encore 3, 6 ou 10 vies ». Une plus grande vigilance s'impose à nous parents pour les guider dans les dédales du réel et du virtuel. Nous le savions déjà. L'histoire de Gaspar nous le rappelle encore une fois.

*Pour plus de précisions se reporter
  • À la brochure de l'APEAS
  • Au livre « Nos enfants jouent à s'étrangler en secret » Françoise Cochet
    Editions F.X. de Guibert
** Le livre dont vous êtes le héros - L'île du lézard- collection Folio Junior chez Gallimard Jeunesse. Lire un extrait